Voici un texte qu'Evelyne, encore éblouie par la qualité de la rencontre d'hier soir, me prie de vous faire passer:
Après la conférence de William Falguière le 22 février à
la salle Justine
L’histoire de William Falguière est celle d’une revanche.
Revanche contre les brimades et les humiliations subies dans l’enfance :
« sale boche ! », « fils de boche ! » dès l’école
primaire. Le drame, c’est être « fils de boche » et ne pas connaître
son père, ce père si ardemment désiré, recherché et pour finir, manqué, puisque
le fils arrivera trop tard pour le prendre dans ses bras : le père est
mort depuis des années quand, enfin, William rencontre sa famille allemande.
Réaction de ses demi-sœurs allemandes lorsqu’elles découvrent, à la mort de
leur mère, la lettre de William, qu’elle avait gardée secrète pendant près de
vingt ans : « Il y a cinquante ans qu’il attend, on ne va pas le
faire attendre plus longtemps. » Accueil chaleureux, William (re)trouve sa
famille. Car du côté français : « ma seule famille c’était ma
mère », les grands-parents et tous les autres membres de la famille ayant
gardé porte close.
William,
à 12 ans, lit l’histoire d’Albert Schweitzer : hasard ? Schweitzer,
l’Alsacien entre deux chaises, la française et l’allemande, d’abord ressortissant allemand pendant la première
moitié de sa vie, incarcéré comme tel par les Français, puis devenu citoyen
français pendant la deuxième, écrivant en allemand et oncle de Jean-Paul Sartre
L’histoire franco-allemande, histoire de fous, résumée en un seul homme.
C’est
là que naît une vocation : William ira en Afrique, et comme le
« bon docteur Schweitzer » à
Lambaréné, il ira y faire le bien. Il fait une école d’agriculture et part
effectivement en Afrique où il travaillera pendant de nombreuses années, sans
perdre de vue pour autant son objectif prioritaire : retrouver son père.
Mais, dit-il, il ne paraîtra devant lui que lorsqu’il s’en jugera digne,
c’est-à-dire lorsqu’il aura acquis un statut social compatible avec celui de
son père. En effet, il a appris entre-temps que celui-ci, médecin, faisait
partie d’une grande famille bourgeoise de Munich. Et le fils, le « bâtard »,
veut pouvoir se présenter devant lui la tête haute.
Son
père, en effet, aurait eu de quoi être fier de ce fils d’exception, arrivé aux
plus hautes fonctions, et qui mettra toute son énergie à faire reconnaître ces
enfants de la guerre, bousculant les autorités, harcelant les ministres,
parvenant à ses fins lorsque, en 2009, il reçoit du Consul d’Allemagne à
Marseille son certificat de nationalité allemande, passant d’un coup « de
l’ombre à la lumière. ». Mais William ne s’est pas battu seulement pro
domo. C’est pour tous les enfants de la guerre qui ont connu son parcours qu’il
a mené le combat, parvenant à leur faire obtenir par l’Etat allemand la double
nationalité.
Pour
certains, cette reconnaissance arrive sans doute trop tard : ils ont été
brisés par la honte d’être « enfant de boche ». William Falguière,
lui, illustre parfaitement la devise : « Ce qui ne tue pas rend plus
fort ». C’est ce qu’il a magistralement démontré hier soir.
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